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Un trek dans les Hautes-Pyrénées

Récit d'aventure


Nuit ventée sous un ciel étoilé

Le grand jour est arrivé, nous sommes toutes réunies sur le parking du Pont d’Espagne. Dernières vérifications du matos, ajustement des chargements et photo de l’équipe. 11h30, il est temps d’y aller. Aujourd’hui, notre objectif est d’atteindre le refuge de Bayssellance situé à 2 651 m d’altitude entre les vallées de Gavarnie et d’Ossoue.


Une légère hésitation à se lancer se fait ressentir, on démarre doucement. Nous nous arrêtons presque toutes les unes après les autres pour réajuster notre sac. On prend conscience du poids de nos sacs. Partir pour un trek en autonomie ça pèse sur le dos.


A 16h, nous avons fait la moitié du dénivelé positif. Il nous reste 600m à grimper sur seulement 3,3km et dans un terrain plutôt technique (un pierrier géant). Mais quelle vue sur la face Nord du Vignemale, le glacier et une mer de nuage. Très vite pour atteindre les Hourquettes D’ossoue, avancer grâce à son mental devient important. On est dans le « dur ».


La magie du col ! Une fois passé, la difficulté de la journée reste derrière nous, sur l’autre versant.


Autour du refuge, il n’y a que de la rocaille et les meilleures places pour installer notre camp sont prises. C’est le jeu puisque nous sommes arrivées tardivement. Malheureusement, il se sera pas possible de regrouper l’ensemble de nos tentes ce soir là.


Des rafales de vent à plus 50km/h se font sentir et cela va nous poser quelques problèmes à résoudre. C’est ça aussi l’aventure. Faire preuve d’imagination pour trouver des solutions. Nos tentes ne sont pas autoportantes, alors comment faire pour qu’elles tiennent debout sachant : qu’il est quasiment impossible d’enfoncer les sardines dans le sol et dès qu’il y a une rafale tout s’envole ?


La température chute avec les rafales, le ressenti est davantage saisissant. Il est temps de se réchauffer avec les premiers lyophilisés du trek. Pâtes carbo, pâtes bolo, semoule.


On sort les réchauds. Le soleil se couche, les sommets de Gavarnie deviennent orangés, un seconde mer de nuage apparaît. Ce dîner à 2 600 m d’altitude est agréable.


Un dernier point sur l’étape de demain, une infusion et direction nos duvets douillets. On me rapportera demain matin que celles qui ont dû sortir de leur tente cette nuit là, ont eu la chance d’observer un ciel étoilé exceptionnel.


PS: les tentes ne se sont pas envolées malgré les rafales. On a fait le job 😉


2h45

La nuit a été courte. Dormir a cet altitude est parfois compliqué surtout lorsque c’est la première nuit sans palier et que le vent souffle fort (somnolence pour certaines, respiration légèrement difficile pour d’autres). Mais c’est vite oublié, le matin est doux, la lumière est superbe. Une belle journée nous attend. Notre objectif atteindre le village de Gavarnie (17km, 1200mD- et 300mD+).


Nos sacs sont encore bien lourds. Lorsqu’on s’arrête, on ne sait plus s’il vaut mieux le poser pour se soulager ou le garder sur le dos pour éviter de le soulever à nouveau.


Durant la descente jusqu’au Lac d’Ossoue, nous avons eu la chance d’observer des marmottons, des isards, des chèvres échappées sur un névé. Et notre super kiff de la matinée a été la pause café et le bain de pied dans la rivière. On recharge les batteries car la suite ne va pas être simple.


La chaleur commence à se faire sentir et mais jusqu’ici tout va bien. Au barrage d’Ossoue, un panneau nous annonce 2h45 jusqu’à Gavarnie. Donc let’s go dans la joie et la bonne humeur.


Seulement après 1h de marche, nous croisons un nouveau panneau indiquant Gavarnie toujours à 2h45. Quand tu crois avoir bien avancé et qu’on te fait savoir qu'il reste toujours le même temps. Evidemment la désillusion s’installe et il faut le gérer.


On ne se laisse pas abattre, un programme sympathique qui nous attend au village : prendre un verre en terrasse et une douche chaude au camping.


Seulement, petit à petit le mental commence à s’effriter pour nous toute. Les sacs pèsent toujours et cela ralentit notre cadence, il fait extrêmement chaud. Notre chemin de l’après-midi n’est qu’un plateau interminable. A chaque changement de versant, il y a des surprises! D'autres versants supplémentaires apparaissent.


L’évaluation de la distance à l’oeil nu en montagne est difficile. On aperçoit depuis des heures cette fameuse forêt à atteindre pour terminer notre descente sur Gavarnie mais finalement elle n’est pas si proche que ça.


Mentalement, il faut s’accrocher ! Ce sont ces instants d’effort où chacune part à la rencontre d’elle-même.


Notre arrivée à Gavarnie fut une délivrance ! Une fois installées en terrasse, nous décidons de faire un point sur la situation. Chacune exprime ses ressentis et ses projections pour la suite du Tour du Vignemale. Nous faisons également le point sur notre état physique : fatigue, hématomes dus aux frottements du sac, pieds en surchauffe, piqûres d’insectes à surveiller pour éviter l’allergie … Il apparait que nous avons besoin d’une petite étape demain pour nous remettre de nos émotions.


Après avoir fait un point sur la météo du versant espagnol et sur les caractéristiques des 3 prochaines journées, nous faisons face à la réalité. Les conditions seront rudes, puisque la pluie sera au rendez-vous, les températures varieront entre -4°c et 10°c, chaque jour nous devrons marcher en moyenne 18km avec d’importants dénivelés .


Nous décidons de changer notre plan. Nous resterons côté France et nous continuerons le GR10 jusqu’à Luz St Sauveur ou bien en boucle jusqu’à Pont d’Espagne en fonction de notre envie et état physique dans 2 jours.


Ce soir les pizzas sont bien méritées ! Le morale remonte tout doucement même si la fatigue physique et mentale sont bien ancrées.


PS: cerise sur le gâteau, un orage a éclaté dans la soirée. ⛈



Jour blanc : confort et cacahuètes chez Françoise.


Ce matin toute l’équipe va mieux. Il ne fait pas beau mais le moral est au beau fixe. Enfin c’est ce que nous croyons, l’une d’entre nous a eu son compte, c’est décidé elle nous quitte à Gavarnie. Ce n’est pas un échec, loin de là. S’écouter est primordial dans cette expérience pour y revenir avec plaisir plus tard.


Aujourd’hui, on part pour une petite journée, seulement 7 km et 400 m de D+. Le gîte de Françoise nous attend à l’arrivée. Mais d’abord, sortons les ponchos !


On passe l’après-midi dans la salle commune. Au programme : boire des litres de thé, apprendre à se connaître davantage, profiter du canapé, faire un feu avec du bois humide (échec pour cette dernière partie). On vote toutes pour prendre une nuit en dortoir. Nous n’avons aucune envie de retourner dans le froid humide lorsque Françoise nous annonce que les sanitaires des campeurs se trouvent dehors. On s’offre même un apéro. Prisca a transporté des cacahuètes, il nous reste plus qu’à aller chercher des bières. 🍻


D’autres randonneurs arrivent au gîte, nous passons un bout de soirée à échanger avec eux. L’ambiance en gîte est toujours un vrai moment de partage.


Ce soir on s’offre le "grand luxe" après deux jours en tente. Ces instants nous ramènent à l’essentiel et renforcent nos liens au sein de l’équipe.


PS : ce soir, on vote pour le meilleur lyophilisé du trek. Les pâtes bolo de @decathlon sont les gagnantes ! 🍝


Les pieds dans l’eau et entrecôtes.


Ce sera notre dernier jour, 20km, 600m D+ et 1200m D- nous sépare de notre destination finale. Au menu du jour : crachin ou pluie au choix, du soleil qui apparaît subitement et qui disparait lorsqu’on décide d’enlever notre équipement.


Je crois qu’aujourd’hui l’univers test une fois de plus notre mental à toutes épreuves. Je ne compte plus le nombre de fois où nous avons enlevé et remis nos vêtements de pluie. De plus, la majorité de l’équipe a les pieds complètement trempés depuis quasiment le départ de la randonnée. La solution pour traverser ces épreuves est de simplement accepter ces aléas. 🙏


Les derniers kilomètres furent un peu pénibles. Il est possible, qu’en sachant que c’était la fin, l’idée d’arriver vite pour enfin profiter nous déstabilise légèrement.


Il y avait des escaliers à descendre pour clôturer cette journée. Nous pouvons assimiler ça à l’épreuve finale dans Koh Lanta. En tout cas, la sérénité et la bonne humeur de toute l’équipe, les chansons (enfin les refrains en boucle) d’Emeline nous ont aidé à arriver jusqu’au bout.


Dernière étape du jour : monter le camp, prendre une douche chaude (oui on s’est encore offert un camping).


Pour terminer direction le restaurant pour fêter notre trek. Entrecôtes, frites et desserts, le rêve après 4 jours de repas lyophilisés et de barres énergétiques ! À table, on discute de nos émotions, de ce qu’on a le plus aimé et le plus détesté.


Nous devions partir pour 80 km sur le tour du Vignemale en autonomie totale. Nous avons : parcouru 65 km sur le GR10, su adapter notre projet en fonction des paramètres à l’instant T, bivouaqué, dormi en gîte et en camping, mangé des lyophi et au resto, fait des pauses cafés sous le soleil et sous la pluie, bien rigolé, traversé des moments de doutes, su nous aider pour remettre nos sacs sur le dos, su nous encourager, pas pris de douche, pris des douches tièdes et des douches chaudes, observé les surprises de la nature, créé des liens forts, partagé une expérience unique. Je crois que la mission « trek en autonomie » est réussie pour l'équipe.


Finalement, pourquoi part-on en randonnée ?


Pourquoi être volontaire pour dormir inconfortablement, porter des sacs trop lourds, marcher durant des heures et avoir mal partout ensuite ?


Au delà des paysages, c’est une expérience humaine. Une rencontre avec soi et avec les autres.

Nous dédions ce récit d’aventure à Aurore, Lynda, Corinne et Stéphanie qui n’ont finalement pas pu se joindre à l’équipe et à toutes les Happy Girls. ❤️


L’équipe du trek : Prisca et le sac à dos, Claire et les piqûres, Stéphanie on Time, Cam l’adaptation, Emeu surchauffe moteur, Gwen et le duvet cacahuète.





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